
Invité spécial d’une émission diffusée sur Radio Okapi consacrée à la lutte contre l’extrême pauvreté en République Démocratique du Congo (RDC), le Professeur Dr Dady Saleh, expert en développement, a livré une analyse lucide et sans complaisance sur les causes profondes de la pauvreté structurelle en RDC.
À la lumière du dernier rapport de la Banque Mondiale, qui révèle que 85,3 % des Congolais vivent avec moins de 3 dollars par jour, le professeur a appelé à une transformation radicale du système congolais.
Une pauvreté « quasi planifiée »
« Tant que la RDC ne fera pas sa révolution politique, sa révolution culturelle et sa révolution économique, il sera très difficile de sortir de cette pauvreté quasi planifiée », a martelé le Prof. Dr Dady Saleh. Selon lui, cette triple révolution est une condition sine qua non pour enclencher un véritable processus de développement.
Il dénonce l’immobilisme et l’inefficacité des approches classiques qui, malgré les promesses, n’ont apporté aucun changement significatif dans la vie des millions de Congolais en situation de précarité.
La philosophie KUJITEGEMEA comme pilier d’une transformation endogène.
Le professeur Dr Dady Saleh a insisté sur l’urgence de sortir du cercle vicieux de la pauvreté pour entrer dans un cercle vertueux de la richesse. Pour ce faire, il préconise l’adoption de la philosophie KUJITEGEMEA, un concept d’origine swahilie signifiant « compter sur soi-même ». Cette approche valorise l’autonomie, l’initiative locale et la mobilisation des ressources internes comme leviers de transformation. « Il faut repenser notre développement avec l’intelligence déconstructive, pour démonter ce qui ne fonctionne pas, et l’intelligence constructive, pour bâtir des solutions adaptées à notre contexte », a-t-il expliqué.
Dans cette logique, le Prof. Dr Saleh plaide pour la mise en place d’un système industriel complet inspiré du modèle néo-mercantiliste, qui mise sur la transformation locale des ressources, la création de chaînes de valeur nationales, et le développement d’un tissu industriel fort, capable de générer des emplois massifs et durables. « Il ne suffit pas d’avoir des ressources naturelles. Il faut savoir les transformer en richesse partagée », a-t-il affirmé.
L’expert en développement a également critiqué la tendance actuelle à privilégier exclusivement le micro-entrepreneuriat, au détriment du macro-entrepreneuriat, pourtant indispensable pour créer de l’impact à grande échelle. « On promeut beaucoup le micro-entrepreneuriat, certes utile, mais insuffisant pour transformer structurellement l’économie. Il nous faut aussi des entreprises de grande envergure, capables d’absorber une main-d’œuvre importante et de tirer vers le haut tout un écosystème », a-t-il précisé.
Le message du Prof. Dr Dady Saleh est clair : la RDC ne sortira pas de la pauvreté par des demi-mesures ou des solutions importées. Il appelle à un sursaut de conscience nationale, fondé sur des réformes profondes, une vision de développement endogène, et une volonté politique ferme. À travers sa philosophie KUJITEGEMEA et sa vision d’un développement industriel et équilibré, le professeur trace les contours d’un autre avenir pour la RDC, un avenir où la richesse du sol se traduira enfin en richesse pour les Congolais.
Faustin DUNIA CHANÇARD
Journaliste de paix
