Dans un communiqué rendu public ce vendredi, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) appellent les rebelles des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) à déposer les armes, conformément à l’accord de Washington signé avec le Rwanda sous la médiation des États-Unis. Un message de fermeté qui soulève autant d’espoirs que de doutes.
Un appel à la reddition et une promesse de rupture

Dans le communiqué n°29 daté du 10 octobre 2025, les FARDC exhortent les combattants des FDLR à se rendre sans condition aux autorités congolaises ou à la MONUSCO pour un rapatriement au Rwanda.
Les populations civiles sont, quant à elles, appelées à se désolidariser des rebelles et à les encourager à se rendre pacifiquement. En cas de résistance, l’armée prévient qu’elle usera de la force pour imposer le désarmement.
Cette prise de position s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de Washington, signé le 1er octobre dernier, qui vise à relancer la coopération sécuritaire entre Kinshasa et Kigali sous le regard attentif de Washington.
Un passé qui ne s’efface pas d’un communiqué
Mais derrière la fermeté du ton, le passé continue de peser. Il faut rappeler qu’il y a encore peu, les FDLR étaient perçues comme des alliées tactiques de certaines unités congolaises face au M23, mouvement soutenu par le Rwanda.

Plusieurs rapports onusiens avaient d’ailleurs documenté des coopérations ponctuelles entre les FARDC et les FDLR, dans une logique de “l’ennemi de mon ennemi c’est mon ami”.
Aujourd’hui, l’armée congolaise se veut inflexible : toute collaboration avec les FDLR est désormais interdite, sous peine de sanctions sévères.
Mais cette rupture proclamée ne convainc pas tout le monde.
“Sur le terrain, beaucoup d’unités ont dû composer avec les milices pour survivre. Ce n’est pas en publiant un communiqué qu’on change une culture militaire enracinée depuis vingt ans”, confie à monjournal.co un officier basé au Sud-Kivu/Uvira, sous couvert d’anonymat.
L’ombre de Washington et la diplomatie des apparences

Si l’accord de Washington est salué comme un signal d’apaisement, il reflète aussi la pression croissante des États-Unis, désireux de stabiliser une région cruciale pour ses intérêts stratégiques et économiques.
Mais sur le terrain, les analystes redoutent que ce processus ne soit qu’un “ajustement de façade”.
Les FDLR, bien qu’affaiblies, gardent une influence locale dans certaines zones du Kivu. Leur désarmement effectif supposerait des garanties de sécurité en cas de rapatriement, un point encore flou dans les termes de l’accord.
Entre communication politique et défis militaires
Pour Kinshasa, ce communiqué est aussi une opération d’image : il s’agit de prouver à la communauté internationale que la RDC tourne la page des alliances troubles et se positionne en acteur responsable de la paix régionale.
Cependant, dans un contexte où les FARDC peinent à contrôler l’ensemble du territoire et où la méfiance entre la RDC et le Rwanda reste vive, la mise en œuvre concrète de cette directive demeure incertaine.
“La RDC joue sur deux tableaux : montrer sa bonne foi diplomatique tout en gérant un terrain miné de contradictions locales”, analyse un chercheur congolais basé à Bukavu.
Paix ou illusion politique ?
L’appel des FARDC pourrait symboliser un tournant majeur dans la politique sécuritaire congolaise. Mais beaucoup ont peur que ce soit encore une fois le même scénario entre Kinshasa et Kigali, avec des promesses qui ne sont jamais tenues.
Sur le terrain, la population, elle, continue de vivre dans l’incertitude, entre espoir d’une paix durable et crainte d’un nouvel échec politique.
Mon journal.co continuera de suivre l’évolution de cette mise en œuvre de l’accord de Washington et les réactions locales dans les zones concernées.
Car au-delà des communiqués et des alliances diplomatiques, c’est toujours la population congolaise qui en paie le prix entre guerre, diplomatie, et silence international.
