Les violences armées s’intensifient au Sud-Kivu. Pour le troisième jour consécutif, les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les groupes d’autodéfense Wazalendo, affrontent les rebelles de l’AFC/M23 sur plusieurs fronts dans les territoires de Walungu, Kabare et Uvira. Une escalade militaire qui intervient paradoxalement quelques heures avant l’officialisation annoncée d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington.
Kaziba et Kamanyola : des localités paralysées par les affrontements
D’après des sources locales, les combats ont repris très tôt ce matin à Kaziba, dans le territoire de Walungu, autour de 5h30. Les FARDC ont engagé une puissance de feu inhabituelle, mobilisant des avions de chasse et des drones armés pour cibler les positions des rebelles.
« Des drones et avions circulent à Kaziba depuis l’aube », rapporte une source sur place.
À Kamanyola, également dans le territoire de Walungu, les affrontements se poursuivent sans interruption depuis la matinée. La population, totalement prise au piège, s’est barricadée dans les maisons. Certains habitants avaient déjà anticipé en traversant la frontière vers Bugarama au Rwanda, un mouvement inhabituel qui montre l’ampleur de la peur et la désorganisation qui règne dans la zone.
Extension du front : Mudaka touchée à son tour
Dans le territoire voisin de Kabare, la situation s’est enflammée ce jeudi matin à Mudaka, où des échanges de tirs ont éclaté entre Wazalendo et combattants de l’AFC/M23. Cette ouverture d’un nouveau front montre que les affrontements sont désormais multi-localisés, un phénomène rare au Sud-Kivu, généralement épargné par la dynamique offensive du M23.
Nyangezi et Katogota : un calme trompeur
À Nyangezi et Katogota, un calme précaire s’observe depuis la matinée. Mais ce répit pourrait n’être qu’une pause stratégique, comme cela a souvent été observé dans les offensives précédentes du M23, où des interruptions temporaires précèdent des mouvements de contournement.
Analyse : un conflit militaire qui se politise à l’international
Ces combats surviennent alors que les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Paul Kagame (Rwanda) sont attendus ce jeudi à Washington pour entériner un accord de paix, sous médiation américaine en présence de Donald Trump.
Une coïncidence diplomatique qui interroge.
L’armée congolaise, en intensifiant son dispositif militaire au même moment, semble vouloir affirmer sa souveraineté et renforcer sa position sur le terrain avant toute concession diplomatique.
De son côté, la reprise simultanée de plusieurs fronts par les rebelles pourrait être interprétée comme une démonstration de force visant à influencer les négociations.
Le Rwanda, encore au cœur des accusations
Comme dans les précédents épisodes du conflit, Kigali est accusé de soutenir militairement l’AFC/M23 — des accusations que le Rwanda continue de nier officiellement.
Cependant, les dynamiques opérationnelles observées sur les différents fronts (mobilité, logistique, synchronisation stratégique) renforcent les soupçons d’un appui extérieur structuré.
Implications régionales
Cette recrudescence de violence dans le Sud-Kivu — une province longtemps considérée comme plus stable que le Nord-Kivu — marque peut-être une nouvelle étape du conflit, où les rebelles cherchent à élargir leur zone d’influence ou à déstabiliser l’arrière-pays des FARDC.
Si Kaziba, Kamanyola, Mudaka et d’autres localités venaient à tomber dans une insécurité durable, cela ouvrirait une brèche stratégique menaçant :
- l’axe Bukavu–Uvira,
- les corridors économiques vers le Rwanda et le Burundi,
- et la stabilité globale du Sud-Kivu.
Conclusion : une situation explosive, entre terrain militaire et diplomatie internationale
La simultanéité entre l’escalade militaire et les pourparlers de paix à Washington crée un climat d’incertitude totale.
Le Sud-Kivu, longtemps considéré comme un tampon sécuritaire fragile, entre désormais dans une zone d’instabilité profonde. Les prochaines heures seront déterminantes pour comprendre si les affrontements actuels annoncent une contre-offensive de grande ampleur ou un bras de fer stratégique avant l’accord de paix.
